• Souvenirs: Juin 2000, le mois décisif pour le syndicalisme étudiant en France

     Mes souvenirs de la fin de l'UNEF, que certains s'obstinent à appeler "réunification".

     

     

    Souvenirs: Juin 2000, le mois décisif pour le syndicalisme étudiant en France

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    Voir aussi ici, sur le groupe "C'était l'UNEF 1971/2001"

    Introduction    1 

    Préalables        4 

    1- Pourquoi deux UNEF ?    4 

    2- Crise    7 

    3- Prémices : le CNOUS    16 

    I- Illusion lyrique        32 

    1- Le collectif national du 3 juin    36 

    2- Chasse aux candidats, en chambre    47 

    3- Le lundi décisif    62 

    II– Tranchées        77 

    1- Défendre la liste face au ministère    77 

    2- Défendre l’UNEF contre les liquidateurs    92 

    3- Defendre notre unité contre la division    100 

    III— Ce que j’ai cru comprendre, et ce que je n’ai toujours pas compris        125 

    1- Pourquoi ont-ils tué l’UNEF ?    125 

    2- Pourquoi avons nous été trahis ?    133 

    3- Pourquoi avons-nous été ridicules ?    139 

    Conclusion    153 


  • Le confinement, qui a été totalement improvisé quand on est passé en quelques heures de "C'est une petite grippe. On ne va pas bloquer le pays pour ça. Continuons à aller au théâtre et remplir des urnes pour bien montrer que nous ne cédons pas à la panique" à "C'est la peste noire. Vous allez tous mourir", posait un problème évident, qui aurait dû être évident du moins: l'impossibilité de contrôler son respect.

    Si confiner avait été un but en soi, ça aurait été très simple. On aurait pu, par exemple, demander à chaque citoyen de faire viser par l'autorité compétente la liste de ses sorties indispensables de la semaine, avec possibilité d'y revenir en cas de besoin imprévu. Mais le but du confinement était de limiter au maximum les contacts, et il aurait été dommage de se contaminer en faisant la queue à la mairie ou à la gendarmerie (On ignore cependant s'ils ne l'ont pas fait parce qu'ils avaient compris, quand même, que ce serait une connerie, ou parce qu'ils n'en ont pas eu l'idée).

    Ça ne pouvait donc reposer que sur la confiance. Expliquer clairement en quoi c'était utile, et compter que presque tous agiraient en conséquence, personne n'ayant envie de tomber malade. Ça n'est malheureusement pas dans leurs mœurs. Ces gens là, parce qu'ils sont méchants, ne connaissent que la schlague et, parce qu'ils sont bêtes en plus, ne la manient que contre tout bon sens.

    On a sans doute tort d'y voir la preuve qu'ils nous méprisent et se croient supérieurs à nous, pauvre plèbe incapable de comprendre où est son bien si on ne lui tape pas dessus. Il est plus probable qu'ils nous traitent ainsi parce qu'ils s'arrogent le droit de penser que, c'est beaucoup plus insultant, nous sommes exactement comme eux, qui se croient tout permis tant qu'ils ne se font pas taper dessus. Par exemple, le gars qui, étant directeur général d'une mutuelle, a fait offrir par celle-ci un immeuble à sa femme, en le lui faisant louer au montant exact des mensualités qu'elle avait à payer pour l'acquérir, n'a toujours pas compris en quoi ce pourrait être mal, puisque notre belle justice indépendante et impartiale a dit qu'elle ne trouvait pas là matière à lui taper dessus.

    Donc, puisqu'ils ne pouvaient envisager de ne point taper, et qu'il était impossible de le faire rationnellement, ils ont choisi de taper au hasard. Ce fut l'attestation à la con, qui ne prouvait rien, mais permettait de matraquer tous ceux qui n'avaient pas compris le truc, et également tous ceux qui, ayant compris, avaient le malheur de tomber sur un flic n'ayant pas compris, et étaient trop bien conditionnés pour envisager de contester. Ça leur a permis d'afficher, à défaut de masques, de tests, de respirateurs, des chiffres de contredanses montrant que le confinement c'était sérieux.

    Le plus affreux (même si tout ce qui précède est déjà très affreux) est leur incapacité totale à distinguer ce qui était explicitement interdit (peu de choses, forcément) et ce qui était, sans pouvoir être interdit, justement déconseillé, au point de laisser croire que tout ce qui n'était pas interdit était encouragé. On en est ainsi arrivé au droit de sortir de chez soi pour se promener, en plus des courses réputées indispensables, une heure par jour dans un rayon d'un kilomètre. Qui faisait ça habituellement ?

    Si j'avais usé de tous les droits qu'ils me donnaient, j'aurais passé beaucoup plus de temps dehors que jamais depuis quatorze ans que je suis revenu à Bellegarde. Evidemment, je ne l'ai pas fait, et suis sorti exactement comme d'habitude, à ceci près que je devais perdre mon temps à remplir l'attestation à la con, et que j'avais au ventre la peur de croiser un flic analphabète qui la trouverait, contre toute vérité, non conforme.

    Des fers, des bourreaux, des supplices.

    Bellegarde, 11 mai 2020.

     

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  • Diva Drusilla, Diva Augusta, Divus Claudius : les critères de divinisation à Rome après la mort d’AugusteN. B. : cela a été commencé, il y a bien longtemps, pour être proposé à une revue universitaire, et n’avait jamais été fini. Pour ceux qui ne sont pas de ce métier, et donc habitués sinon à comprendre les allusions,  du moins à faire semblant (et à être d’autant plus vexés quand on les explique), j’ai rajouté deux notes entre crochets, et une annexe tentant d’expliquer les rapports compliqués entre les nombreux personnages cités.

    La divinisation (en latin consecratio, en grec ἀποθέωσις) est à Rome sous le principat la décision, prise formellement par le sénat, de considérer qu’un mortel défunt est devenu un dieu, donc de lui accorder des prêtres et de sacrifier à lui comme aux autres dieux, en ajoutant à son nom usuel l’adjectif formé sur deus,diuuspour signifier ce nouveau statut.

    À partir des Flaviens, elle  est la norme pour tous les princes défunts, et de plus en plus souvent pour les membres de leur famille, son absence étant une exception, toujours dans le cas d'une succession s'effectuant anormalement. On a renoncé aujourd'hui à voir là un jugement sur l'œuvre du défunt du sénat qui, clairement, ne fait que ratifier la volonté du successeur.

    En revanche, la liste des divinisations avant Vespasien montre que les choses étaient moins simples, et que la situation que nous venons de décrire était l'aboutissement d'une évolution depuis le premier divinisé de l'époque historique, le dictateur César.

    On voudrait poser ici la question des critères qui ont conduit à faire d'Auguste, de Drusilla, de Livie et de Claude des dieux, et à rejeter ou ne pas même envisager ce statut pour d'autres. [Photo ci-dessus : monnaie (dupondius) frappée sous Claude (n° 257 du catalogue de la Bibliothèque nationale), portant au droit le Divus Augustus, au revers la Diva Augusta]

    I– LES ÉLUS ET LES ABSENTS

    Plus de cinquante ans s'écoulent entre la première consécration et la seconde, celle d'Auguste en 14. Mais il est clair que celle-ci était attendue de longue date. Dès les Géorgiques, en 30 selon ses biographes antiques[1], Virgile l'envisage comme certaine, et s'adresse au prince pour évoquer son futur séjour divin après avoir invoqué les principaux dieux ruraux et cité la fonction de chacun

    Tuque adeo, quem mox quae sint habitura deorum / concilia incertum est, urbisne inuisere, Caesar / terrarumque uelis curam 

    (Et toi, dont on ne sait lequel des conseils des dieux tu fréquenteras bientôt, si tu voudras veiller sur les villes, César, ou avoir le soin des champs[2].

    Il est était évident pour tout Romain qu'Auguste, qui avait commencé sa carrière en plaçant son père adoptif au ciel, y prendrait place à son tour dès qu'il serait mort. Il faut attendre ensuite vingt-cinq ans pour qu'il y soit rejoint par Drusilla, beaucoup plus surprenante dans le rôle de nouvelle déesse, selon la volonté de son frère Caius.

    Dans l'intervalle, nos sources nous apprennent qu'il a été deux fois question de divinisation : à la mort de Livie, quand certains envisagèrent d'en faire la première diuade la religion romaine, Tacite nous apprend que Tibère s'y opposa,

    honoresque memoriae eius ab senatu large decretos quasi per modestiam imminuit, paucis admodum receptis et addito ne caelestis religio decerneretur : sic ipsam maluisse

    (Les nombreux honneurs décrétés par le sénat à sa mémoire furent limités par lui comme par modestie, peu seulement retenus. Il ajouta qu’il ne fallait pas lui attribuer de culte divin. Il disait que c’était ce qu’elle même aurait voulu)[3].

    ce que confirme Dion Cassius,

    ἀθανατισθῆναι δὲ αὐτὴν ἄντικρυς ἀπηγόρευσεν 

    (Il interdit formellement de la diviniser)[4]. 

    Inversement, c'est Caius qui envisage de faire de son prédécesseur un dieu, puis y renonce, selon Dion,

    Τόν τε Τιβέριον αὐτόν, ὃν καὶ πάππον προσωνόμαζε, τῶν αὐτῶν τῷ Αὐγούστῳ τιμῶν παρὰ τῆς βουλῆς τυχεῖν ἀξιώσας, ἔπειτ´ ἐπειδὴ μὴ παραχρῆμα ἐψηφίσθησαν (οὔτε γὰρ τιμῆσαι αὐτὸν ὑπομένοντες οὔτ´ ἀτιμάσαι θαρσοῦντες, ἅτε μηδέπω τὴν τοῦ νεανίσκου γνώμην σαφῶς εἰδότες, ἐς τὴν παρουσίαν αὐτοῦ πάντα ἀνεβάλλοντο), οὐδενὶ ἄλλῳ πλὴν τῇ δημοσίᾳ ταφῇ ἤγηλε 

    (Il avait demandé au sénat pour Tibère, qu'il appelait son aïeul, les distinctions accordées à Auguste; comme elles ne furent pas immédiatement décrétées (les sénateurs, en effet, ne supportant pas de conférer des honneurs à Tibère et n'osant pas le noter d'infamie, attendu qu'ils ne connaissaient pas bien encore le caractère du jeune prince, différaient tout jusqu'à son arrivée), il se contenta de lui décerner l'honneur d'une sépulture aux frais de l'État, et, rapportant de nuit le corps à Rome, l'exposa, le matin, aux regards du public)[5], 

    qui ne précise pas s'il y a eu débat public ou une simple velléité étouffée par le rejet que le sénat et le peuple romain manifestaient pour la mémoire de Tibère.

    En revanche, il n'est jamais question dans nos sources de divinisation, ni pour Germanicus, ni pour Drusus, pourtant comblés d'honneurs posthumes quasi divins, bien connus par Tacite et, pour le premier, la Tabula Siarensis et la Tabula Hebana. Il n'en avait apparemment pas été question non plus, sous Auguste, pour Caius puis Lucius César, ni pour Agrippa, ni pour Marcellus, ni pour l'autre Drusus. Plus surprenant, alors que Caius commence son principat par une mise en avant de son père et une réhabilitation spectaculaire de sa mère et de ses deux frères, il n'en fait pas des dieux, alors qu'il fait accorder cet honneur un an et quelques mois plus tard à sa sœur Drusilla.

    Claude, ensuite, revient sur la décision de Tibère pour faire de sa grand-mère la Diva Augusta et associer son culte à celui d'Auguste, puis est lui-même divinisé, dans des circonstances curieuses, à l'avènement de son fils adoptif Néron, selon la volonté de son épouse et meurtrière Agrippine. Négligeant rapidement ce culte, mais sans jamais l'abolir, Néron fait créer deux nouvelles diuae, la fille qu'il avait eu de Poppée puis Poppée elle-même.

    Il est facile d'expliquer la plupart de ces divinisations par des raisons d'opportunité politique. Pour Tibère, comme pour tous ses contemporains, ou presque tous, celle d'Auguste allait de soi. Fils et héritier choisi par Auguste, affichant son intention de le prendre pour modèle en tout, à qui Tacite fait dire devant le sénat,

    qui omnia facta dictaque eius uice legis obseruem

    (moi qui traite tous ses actes et ses paroles comme des lois)[6], 

    il renforçait évidemment sa légitimité en devenant diui Augusti filius. Claude, quand il accède au principat, par le hasard qui l'a laissé seul survivant de la famille après le meurtre de son neveu, souligne en faisant de sa grand-mère Livie une déesse le lien le plus fort qui le rattache à Auguste. Sa propre divinisation a pu sembler surprenante aux lecteurs du Sénèque de l'Apocoloquintoseou du De clementia, et de la version que donne Tacite du premier discours de Néron qui, sans le nommer, montre une volonté de rupture avec son prédécesseur. Elle s'explique, comme s'explique l'oubli dans lequel elle tombe rapidement, si on admet que le début du règne a été marqué par l'opposition entre deux lignes, celle de Sénèque, ouvertement hostile à la mémoire de Claude, et celle d'Agrippine, qui voulait appuyer la légitimité de son fils sur celle de son prédécesseur et père adoptif[7]. Après avoir rejeté la mémoire de Claude et mis à l'écart puis fait tuer sa mère, Néron innove en faisant des déesses d'une enfant morte en bas âge, puis de la femme qu'il a perdue. Si cela a pu choquer ceux des contemporains qui lui étaient hostiles[8], et à plus forte raison la postérité immédiate, unanime contre lui, cela prend bien place dans la construction et l'illustration d'une monarchie centrée sur sa personne, affranchie au moins en partie de la référence à l'héritage d'Auguste, qui semble avoir été son projet. Le seul cas vraiment surprenant est celui de Drusilla, que les Anciens expliquent par la folie de Caius et son amour scandaleux pour sa sœur.

    II– UN HONNEUR D’ABORD STRICTEMENT LIMITÉ

    Il est en revanche beaucoup plus difficile d'expliquer que ces divinisations aient été les seules. L'unique élément d'explication qu'on trouve dans nos sources concerne Drusus, le père de Germanicus et de Claude, mort en 9 avant notre ère. Un passage de l'anonyme Consolation à Livie, qui déplore qu'il ne devienne pas un dieu, prête à Mars un discours où il explique au Tibre qu’il a jadis supplié les Parques pour que Remus devînt un dieu, et rapporte leur réponse :

    de tribus una mihi partem accipe, quae datur inquit 

    muneris ; ex istis quod petis alter erit. 

    hic tibi, mox Veneri Caesar promissus uterque: 

    hos debet solos Martia Roma deos 

    (Une des trois sœurs m’a dit “Accepte le présent partiel qui t’est fait : de ces deux jeunes gens, l’un sera ce que tu souhaites. Celui-ci t’est promis, et ensuite les deux Césars le seront à Vénus : ce sont les seuls dieux que doit avoir la Rome de Mars”)[9]. 

    On peut voir là un argument décisif pour l'authenticité de l'œuvre: une telle idée ne peut dater que du début du principat, est impossible après la consécration de Claude, et déjà très improbable après la mort d'Auguste et l'avènement de Tibère. Nous apprenons là que, vers le milieu du règne d'Auguste, deux choses pouvaient sembler évidentes au poète : que le prince deviendrait un dieu après sa mort, qu'il serait le seul à obtenir cet honneur après son père adoptif. Il ne s'agit pas bien sûr d'un document officiel, et il ne peut s'agir de la reprise d'une position officielle : il est tout à fait impossible qu'Auguste lui même ait explicitement prévu et revendiqué son destin céleste, comme il est à peu près certain que tous ceux qui l'ont fait le faisaient pour lui plaire, et sans risque de se tromper. Le poète l'exprime en tout cas comme une opinion répandue, puisqu'il lui donne l'aspect d'une évidence qui s'impose à lui, contre le souhait qu'il aurait eu de voir Drusus divinisé. Les événements qui suivent lui donnent raison sur ce point : la preuve en est que la consécration n'est pas même envisagée pour Caius et Lucius, puis pour Germanicus et l’autre Drusus. Il est en particulier remarquable que, parmi tous les reproches qui sont faits à Tibère quand l'opinion, selon Tacite, l'accuse de ne pas assez honorer la mémoire de son fils adoptif[10], celui-là ne vienne jamais. On voit fort bien les raisons qu'aurait eu Tibère d'hésiter à le faire, et à faire ainsi d'Agrippine la veuve d'un dieu et de ses enfants des diui filii, au moment où il cherche manifestement à limiter leur importance dans la hiérarchie de la cité. Mais l'absence totale de trace d'une proposition en ce sens faite par quiconque, ou même d'un regret a posteriori, ne peut s'expliquer autrement qu'en considérant qu'il allait de soi pour tout le monde qu'il ne pouvait pas y a voir de nouveau diuus après Auguste, comme il n'y en avait pas eu entre César et Auguste. On sait que Caius et Lucius ont reçu un culte en Gaule. On connaît aussi un flamen Germanici Caesarisà Vienne, à Nîmes, à Narbonne, à Lisbonne[11], qui prouve un culte divin, presque à coup sûr posthume. Mais à Rome, on considérait cela comme impossible.

    Il reste alors à voir pourquoi, dix ans après la mort de Germanicus, la question s'est posée pour Livie. L'explication la plus vraisemblable est que le problème n'était pas de même nature quand il s'agissait de créer non un dieu, mais une déesse, non de donner un concurrent au Diuus Augustus, mais de lui attribuer dans le ciel la compagne qu'il avait eue sur la terre. Pour ceux qui l'ont suggérée, cette divinisation était vraisemblablement complémentaire de celle d'Auguste, et à ce titre logique pour celle à qui il avait donné par testament le cognomend'Augusta. Cette proposition souligne aussi la place exceptionnelle que Livie avait dans la cité en tant que veuve d'Auguste, place dont nous avons d'autres témoignages, le plus net ayant été donné récemment par le senatus-consulte De Cnaeo Pisone patrequi, dans liste des membres de la domusà qui il rend grâce, la place en deuxième position, juste après Tibère[12]. C'est pourquoi pour elle, et pour elle seulement, on a envisagé une consécration.

    La réponse de Tibère à cette proposition se comprend fort bien. Nous savons par Tacite et Suétone que l'opposition entre sa mère lui était devenue de plus en plus ouverte entre la mort d'Auguste et la sienne, et qu'il a constamment cherché à limiter le rôle politique qu'elle tenait du testament d'Auguste. En particulier, il rejetait tout ce qui tendait à rappeler que son lien à son prédécesseur passait par elle, comme le vote d'un ara adoptionis ou l'appellation fils de Livie[13]. Cela lui donnait beaucoup de raisons de ne pas en faire une déesse. Mais peut-être y a-t-il eu aussi chez lui une volonté de s'en tenir à une interprétation stricte du principe qui réservait la divinisation à Auguste.

    C'est en tout cas en ce sens qu'il raisonne s'agissant de lui-même, refusant manifestement d'envisager ou de laisser envisager sa propre inscription posthume parmi les dieux. On le voit nettement dans les nombreux refus qu'il oppose aux provinciaux qui veulent lui rendre un culte, les renvoyant à chaque fois à celui d'Auguste, qui est un dieu. C'est à tort qu'on a parfois considéré qu'il voulait ainsi suivre l'exemple de son père, refusant les cultes de son vivant et les réservant pour après sa mort. Auguste n'avait posé cette restriction que pour le culte romain, non pour les cultes provinciaux, fussent-ils rendus par des citoyens romains[14]. Tibère refuse presque systématiquement les cultes à sa personne et répond, selon Tacite, à la proposition des Espagnols en des termes qui ne laissent aucun doute sur la conception qu'il a de sa destinée future,

    Ego me, patres conscripti, mortalem esse et hominum officia fungi satisque habere si locum principem impleam et uos testor et meminisse posteros uolo

    Oui, pères conscrits, je suis mortel, les devoirs que je remplis relèvent des hommes et il me suffit d'occuper la première place ; de cela je vous prends à témoin et je veux que la postérité se souvienne[15] :

    il est mortel, et entend rester dans les mémoires à ce titre. C'est n'est pas non plus une hostilité de principe au culte impérial, mais la volonté de le réserver à Auguste. On remarque aussi que l’éloge qu’en fait Velleius Paterculus, qui semble pourtant outrancier, n’envisage pas pour lui le destin céleste que de nombreux poètes promettaient à son prédécesseur de son vivant : cela semble indiquer que cette position était connue, comprise et respectée des flatteurs[16].

    On ne peut donc être surpris, dans ces conditions, qu'il n'ait pas été divinisé. Il aurait fallu pour ce faire s'opposer non seulement à l'opinion publique, mais aussi à la volonté clairement manifestée par le défunt. Il est même étonnant que cela ait pu être envisagé par Caius. On peut douter du témoignage de Dion, seul à en parler. Il est fort possible qu'écrivant à une époque où tout prince dont la succession se passait sans heurt allait rejoindre ses prédécesseurs dans le ciel romain, il ait considéré que Caius ne pouvait que l'avoir demandé. Peut-être a-t-il aussi en tête, quand il écrit cela, le cas d'Hadrien, qui n'a dû sa divinisation qu'à l'obstination d'Antonin, qui y aurait gagné son surnom de Pius, face à un sénat hostile[17], et suppose-t-il que Caius n'a eu ni la même constance, ni la même pietas. Si on accepte sa version des faits, il faut admettre qu'il y avait là une rupture par rapport à la conception que Tibère avait fait prévaloir à la mort de sa mère.

    III– UNE RUPTURE EN DEUX TEMPS : DRUSILLA ET LIVIE

    La rupture est en tout cas claire s'agissant de Drusilla, dont Dion Cassius rapporte la consécration[18],  que confirment deux allusions de Sénèque[19], une inscription de Tibur (photo ci-contre)[20], et des restitutions qui semblent incontestables dans les Actes des Arvales[21]. Elle est la première Romaine divinisée, la deuxième, après Livie, pour laquelle la chose ait été envisagée, alors que rien dans sa vie, hors l'affection particulière que lui aurait portée le prince, ne semble justifier qu'on la mette en cinquième position d'une liste comprenant Énée, Romulus, Jules César et Auguste[22]. Suétone, 

    Eadem defuncta iustitium indixit, in quo risisse lauisse cenasse cum parentibus aut coniuge liberisue capital fuit. Ac maeroris impatiens, cum repente noctu profugisset ab urbe transcucurrissetque Campaniam, Syracusas petit, rursusque inde propere rediit barba capilloque promisso; nec umquam postea quantiscumque de rebus, ne pro contione quidem populi aut apud milites, nisi per numen Drusillae deierauit[23],

    Lorsqu’elle mourut, il prescrivit un temps de deuil durant lequel rire, se laver, manger avec ses parents, son épouse ou ses enfants était passible de mort. Puis, incapable de supporter sa douleur, comme il avait fui la ville de nuit et parcouru la Campanie, il gagna Syracuse, et en revint rapidement la barbe et les cheveux en désordre. Ensuite, à quelque propos que ce fût, même devant une assemblée du peuple ou parmi les soldats, il ne jura plus autrement que par la divinité de Drusilla

    et Sénèque, en le prenant comme contre exemple dans la Consolation à Polybe

    C. Caesar amissa sorore Drusilla, is homo, qui non magis dolere quam gaudere principaliter posset, […] numquam satis certus, utrum lugeri vellet an coli sororem, eodem omni tempore, quo templa illi constituebat ac pulvinaria, eos qui parum maesti fuerant, crudelissima adficiebat animadversione[24]

    Quand Caius César perdit sa sœur Drusilla, cet homme qui ne savait pas plus s’affliger que se réjouir en prince […] ne sut jamais clairement s’il voulait que sa sœur fût objet de deuil ou bien celui d’un culte, et au même moment où il décidait pour elle des temples et des lits divins, frappait avec la plus grande cruauté ceux qui n’étaient pas assez affligés.

    décrivent la folle douleur qui prit Caius à la mort de sa sœur, et ses déraisonnables manifestations, parmi lesquelles semble prendre place ce culte. Il est cependant difficile de croire qu'elle aurait été la seule cause d'une décision aussi surprenante.

    Il ne s'agit pas d'une rupture affichée avec le culte précédent, au contraire: les Arvales célèbrent Drusilla le même jour qu'ils commémorent le natalis diui Augusti, apparemment ob consecrationem[25], et au même lieu, le templum nouum diui Augusti[26]. La divinité de Drusilla est donc clairement placée dans la continuité de celle de son arrière grand-père. La mort de sa sœur a donné l'occasion à Caius de donner au Diuus Augustus une compagne plus proche de lui, et donc de renforcer sa position d'héritier et d'arrière petit-fils du dieu en devenant frère d'une déesse. Sa rupture avec Auguste, qui ne semble pas avoir envisagé qu'il y eût jamais d'autre consécration, après celle de son père, que la sienne propre, avec Tibère qui l'a explicitement affirmé, a pour but de le placer lui aussi dans la position du prince qui, en mettant un de ses proches au ciel, renforce le caractère divin de son pouvoir.

    Mais cela nous ramène à la question essentielle : pourquoi Drusilla et, surtout, pourquoi seulement Drusilla ? Si Caius voulait, en rouvrant la liste des diui, renforcer sa position dans la domus diuina, il était plus logique de commencer par son père, et éventuellement par sa mère. Dès les premiers jours de son règne, il a voulu marquer son avènement comme une revanche de Germanicus, d'Agrippine et de ses fils aînés contre le sort qui leur avait été fait sous Tibère. Dion Cassius et Suétone, longuement, nous rapportent comment il est allé lui-même chercher les cendres d'Agrippine dans l'île de Pandateria où elle était morte, condamnée et exilée, pour les placer dans le Mausolée d'Auguste. Les monnaies frappées à leur effigie le confirment. Mais il n'est question de divinisation pour aucun d'eux, et il n'en sera jamais question par la suite. Il y aurait pourtant gagné le statut de diui filius.

    D'autre part, la consécration de Drusilla aurait moins surpris si celle-ci avait été aussi fille d'un dieu, et éventuellement d'une déesse. Isolée, elle semble indiquer une volonté claire du prince de donner à sa sœur une place tout à fait exceptionnelle, supérieure à celle attribuée dès le début du règne à Germanicus et Agrippine, même au prix d'une rupture totale avec les conceptions qui avaient cours jusque là. Cela paraît d'autant plus surprenant que cette rupture ne semble pas affecter le culte du Diuus Augustus.

    On est donc tenté de chercher une autre explication et de se demander si Caius, voulant appuyer son pouvoir sur une divinité nouvelle qui lui fût proche, n'a pas choisi Drusilla, malgré toutes les difficultés que cela pouvait poser, faute d'autre possibilité. Il faudrait alors qu'il y ait eu une raison majeure empêchant les divinisations de Germanicus et d'Agrippine, mais ne valant pas pour Drusilla. Un élément semble pouvoir apporter une réponse : cette promotion est justifiée par le témoignage de Livius Geminius qui l'a vu monter au ciel, ce que rapporte Dion Cassius,

    Λίουιός τέ τις Γεμίνιος βουλευτὴς ἔς τε τὸν οὐρανὸν αὐτὴν ἀναβαίνουσαν καὶ τοῖς θεοῖς συγγιγνομένην ἑορακέναι ὤμοσενἐξώλειαν καὶ ἑαυτῷ καὶ τοῖς παισίνεἰ ψεύδοιτοἐπαρασάμενος τῇ τε τῶν ἄλλων θεῶν ἐπιμαρτυρίᾳ καὶ τῇ αὐτῆς ἐκείνηςἐφ᾽  πέντε καὶ εἴκοσι μυριάδαςἔλαβε[27].

    Un certain Livius Geminius, sénateur, jura l'avoir vue monter au ciel et se joindre aux dieux : il appela la malédiction sur lui-même et ses enfants s'il mentait ; et en appela au témoignage des autres dieux et de Drusilla elle-même ; pour cela, il reçut un million de sesterces 

     Cela suit le modèle établi pour Auguste, dont l'accession avait été garantie par Numerius Atticus[28], et rejoint celui de César, pour qui le sidus iuliumavait donné cette preuve. La reconnaissance comme dieu de Romulus dans le récit livien[29], qui offre incontestablement un modèle ancien reconstruit à l'innovation, repose exclusivement sur le témoignage de Iulius Proculus. Si on admet qu'une telle manifestation était alors considérée comme indispensable pour qu'un mort fût reconnu comme dieu, on peut facilement expliquer pourquoi Germanicus n'a pu l'être dix-huit ans après sa mort à Antioche, quand aucun témoignage contemporain de celle-ci n'avait été recueilli ou retenu. La mort de Drusilla aurait alors donné au prince la première occasion de créer une déesse dans sa famille proche, qu'il aurait décidé de saisir, en quelque sorte comme un pis-aller.

    Si on accepte cette hypothèse, l'auteur de la rupture décisive n'est pas Caius, mais Claude : Livie est incontestablement la première divinisée longtemps après sa mort. Aucune reconnaissance de signe surnaturel n'est attestée dans son cas, et on voit mal comment il aurait pu être possible soit d'accepter l'idée que la divinité ait mis si longtemps à se manifester comme telle, soit de retrouver des témoins contemporains de son décès et d'expliquer leur silence. Rien ne nous permet de savoir comment a été perçue une telle innovation. Deux éléments ont pu la favoriser : d'une part, que la consécration de Livie pouvait paraître naturelle, d'autre part le contexte troublé. Enfin, il a pu sembler urgent de donner au Divus Augustus une compagne lui convenant mieux que Drusilla et propre à la faire oublier. On peut trouver une trace de ce problème au début de l'Apocoloquintosequand Sénèque fait, lui, appel à témoin

    Tamen si necesse fuerit auctorem producere, quaerito ab eo qui Drusillam euntem in caelum vidit: idem Claudium uidisse se dicet iter facientem "non passibus aequis." Velit nolit, necesse est illi omnia uidere, quae in caelo aguntur: Appiae uiae curator est, qua scis et divum Augustum et Tiberium Caesarem ad deos isse.

    (S’il faut pourtant produire un témoin, demande à celui qui vit Drusilla aller au ciel. Il dira qu’il a vu de même Claude faisant ce voyage, d’une démarche peu assurée. Qu’il le veuille ou non, il a forcément vu tout ce qui était poussé au ciel. Il est le curateur de la via Appia, par où tu sais que le divin Auguste et Tibère César sont allés parmi les dieux).

    et confirme en même temps qu'il n'y en a pas eu d'officiel

    Hunc si interrogaueris, soli narrabit: coram pluribus nunquam uerbum faciet. Nam ex quo in senatu iuravit se Drusillam vidisse caelum ascendentem et illi pro tam bono nuntio nemo credidit, quod viderit, uerbis conceptis affirmavit se non indicaturum, etiam si in medio foro hominem occisum vidisset.

    (Si tu le questionnes, il te le dira, mais à toi seul : il ne fera jamais plus de déclaration devant plusieurs personnes. Depuis qu’il a juré dans le sénat qu’il avait vu Drusilla montant au ciel, et que personne n’a cru cette si bonne nouvelle, il a dit fermement qu’il ne révélerait plus ce qu’il aurait vu, même s’il voyait un meurtre en plein forum)[30].

    Il n'est pas impossible que ce soit la crainte d'un parallèle avec Drusilla qui ait conduit Agrippine à ne pas produire de témoin, et à confirmer ainsi une innovation faite pour une autre raison par celui qu'elle avait empoisonné et divinisé. On n'est pas en tout cas revenu sur ce point par la suite : il n'est plus jamais, dans nos sources, question de témoignage pour une divinisation.

    On peut donc expliquer ainsi que Germanicus, objet de regrets sous Tibère, modèle et référence pour ses trois successeurs, n'ait jamais été placé parmi les dieux. À sa mort, on considérait que le ciel était définitivement fermé par l'ascension d'Auguste. Sous Caius, on n'envisageait pas la possibilité d'une consécration longtemps après le décès. Claude, supprimant cette condition pour créer une divinité qui le renforçât dans sa position de prince, ne pouvait évidemment choisir le père de son prédécesseur.

     

    Il semble ainsi possible d’expliquer la liste, apparemment incohérente, des premiers divinisés après Auguste, par des arguments rationnels. Tibère refuse toute divinisation. Caius a besoin de rompre avec lui sur ce point, et divinise la première morte de sa famille, croyant ne pas pouvoir faire des dieux morts depuis longtemps. Claude innove pour Livie. Néron, certainement pour obéir à Agrippine, reproduit pour Claude, malgré les circonstances de sa mort, le modèle utilisé pour Auguste. Tibère, parce qu’il le voulait ainsi, et Germanicus, par cet enchaînement de circonstances, sont les grands oubliés. Mais, bien sûr, tout cela n’est qu’hypothèses.

    Rue d’Ulm, 2006 - Bellegarde, mars 2020.

     

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    ANNEXE : LA FAMILLE D’AUGUSTE

    Il est d’usage de se donner bonne conscience en publiant un schéma généalogique illisible, celui-ci contre par exemple. Essayons de l’éclaircir un peu, en nous en tenant dans la mesure du possible aux personnages cités dans l’article. (On a mis, à leur première mention, en gras les noms de ceux qui ont été divinisés, en italique les noms de ceux qui ont été princes, ou en position de successeur désigné, et de leurs épouses).

    La première famille princière romaine aurait tout pour plaire aux amateurs contemporains de familles recomposées dépassant la forme archaïque périmée. Elle s’est développée autour d’Augusteet Liviepar accumulation de divorces à répétition d’adoptions, de mariages souvent consanguins, de morts prématurées plus ou moins naturelles.

    Auguste (qui n’était encore que César) a épousé Livie en 38 avant notre ère, les deux ayant divorcé pour ça. Ils n’ont pas eu d’enfants ensemble. De leurs mariages précédents, il avait une fille Julie, elle deux fils, Tibère Claude Néron (qu’on appelle couramment Tibère) et Tibère Claude Drusus. Auguste avait également une nièce, Antonia, née du mariage de sa sœur Octavie avec Antoine du temps où ils n’étaient pas fâchés (un neveu aussi Marcellus, d’un autre mariage, mort en 23 avant notre ère). C’est de la combinaison de ces trois éléments, compliquée par beaucoup de décès imprévus, que viennent ses quatre premiers successeurs.

    Il a, dès qu’ils furent adultes, donné un rôle important aux fils de sa femme, Tibère, et Drusus, qu’il a marié à sa nièce Antonia. Il n’en comptait pas moins sur sa fille pour lui donner une descendance naturelle, par son mariage avec son ami et second Agrippa. Il adopta leurs deux premiers fils,Caiuset Lucius, dans l’intention évidente que l’un fût son successeur. Leurs morts en 2 et 4 de notre ère laissèrent Auguste sans héritier naturel mâle (le troisième fils, Agrippa Posthumus, étant jugé inapte), restant deux filles, Julie, rejetée et exilée, et Agrippine, dont le rôle sera essentiel

    Il fut ainsi contraint à chercher son successeur dans la descendance de Livie, en rappelant son fils aîné Tibère. Le cadet, Drusus, était mort en 9 avant notre ère, mais avait laissé deux fils, Germanicuset Néron (qu’on appelle couramment Claude), qui, par leur mère Antonia, étaient les petits-neveux d’Auguste.

    En 4, il adopte donc Tibère (qui devient ainsi Tibère Jules César), mais en lui imposant d’adopter lui-même son neveu Germanicus, bien qu’il ait un fils naturel, appelé Drususcomme son oncle. À la même époque Germanicus épouse Agrippine, petite-fille d’Auguste, sa cousine issue de germains.

    Quand Auguste meurt en 14, Tibère lui succède logiquement. Germanicus est son second, et apparaît comme son futur successeur : il est, par l’adoption, fils de Tibère et petit-fils d’Auguste, par le sang neveu de Tibère et petit-fils de Livie (par son père Drusus), petit-neveu d’Auguste (par sa mère Antonia). Surtout, ses nombreux enfants d’Agrippine, trois garçons et trois filles, sont les descendants communs d’Auguste et de Livie. Drusus, le fils naturel, plus jeune, n’a aucun lien de sang avec le fondateur.

    Le décès de Germanicus en 19 détruit cet équilibre, et provoque des affrontements à l’intérieur de la famille qui tournent, pour faire vite, au massacre général. Quand Tibère meurt en 37, ne survivent, de tous ceux que nous venons de citer, que le plus jeune des trois fils de Germanicus et Agrippine,Caius(qu’on a pris l’habitude, en France, d’appeler Caligula), et ses trois sœurs, Agrippine, Livilla et Drusilla. Malgré son jeune âge, vingt-cinq ans, et son inexpérience politique (Tibère n’avait rien fait pour le préparer à lui succéder, rien non plus pour l’en empêcher), Caius est reconnu comme prince, en tant que petit-fils adoptif du défunt et, surtout, arrière petit-fils naturel de son prédécesseur.

    Quand Caius est assassiné en 41, les soldats des cohortes prétoriennes imposent au sénat de lui choisir comme successeur Claude, qui est le dernier survivant mâle adulte de la famille. Il est le fils de Drusus et d’Antonia, donc le frère de Germanicus, l’oncle de Caius, le neveu de Tibère, le petit-fils de Livie, et par sa mère le petit-neveu d’Auguste. Il a la particularité de n’avoir été adopté par aucun de ses prédécesseurs (étant jugé par Auguste puis Tibère inapte à toute fonction politique) : il est donc resté un Claude quand tous les autres étaient devenus des Jules.

    Après avoir fait exécuter sa femme Messaline, il épouse en 49, Agrippine, dernière survivante des enfants de Germanicus, et adopte le fils qu’elle avait eu d’un premier mariage avec Domitius Aenobarbus, qui devient ainsi Claude Néron. Pour les historiens latins Tacite et Suétone, l’explication est que Claude était follement amoureux de sa nièce. Ce mariage n’en a pas moins un très fort sans politique : en s’unissant à l’arrière petite-fille (à la fois par le sang de sa mère et l’adoption de son père) d’Auguste, Claude renforce sa position. Adopter le désormais Néron revenait à spolier son fils naturel Britannicus, mais était aussi reconnaître une légitimité supérieure à la sienne, puisque l’adopté était l’arrière arrière petit-fils d’Auguste. Il sera, de 54 à 69, le second descendant direct du fondateur, après Caius, à être prince, et le dernier de sa famille, sa mort sans descendance ni proche parenté provoque d’abord un vaste massacre, ensuite l’apparition d’une nouvelle famille princière, celle de Vespasien.

    On remarque bien sûr que le critère essentiel dans toutes ces successions est le sang, en ligne masculine mais aussi en ligne féminine, et que l’adoption sert éventuellement à renforcer ses liens, mais ne les remplace jamais. Cela n’a rien d’original à Rome où, depuis aussi loin qu’on remonte, les fonctions politiques étaient de fait héréditaires. Le principat innove en créant  pouvoir suprême qui appartient à une seule famille, quand auparavant les élections servaient à répartir les magistratures entre plusieurs, éventuellement à arbitrer entre elles.

     



    [1]Vergilli Vita Donatiana, 89 (ed. J. Brummer, Lipsiae, 1933, p. 6) et Serv.,Vergilii Vita, 24-28 (Ibid., p. 70), voir l’introduction d’E. de Saint Denisà son édition de 1956 pour la CUF, p. VI-VII.

    [2]Verg., Georg., I, 24-26. Ce débat se poursuit jusqu’au vers 42.

    [3]TacAnn., V, II, 1.

    [4]D. Cass.,LVIII, II, 1.

    [5]D. Cass., LIX, III, 7.

    [6] Tac.,Ann., IV, XXXVII, 3.

    [7]C'est ce que j'ai tenté de montrer dans E. Lyasse,Le principat et son fondateur, p. 244-61.

    [8]L'hostilité qu'il manifeste par son absence aux cérémonies en l'honneur de Poppée est un des griefs de Néron contre Thraséa, selon Tac.Ann., XVI, XXII. 

    [9]Cons. ad Liu., 243-46.

    [10]Tac.Ann., III, V.

    [11]CIL, XII, 1872 ; CIL, XII ; 3180 et 3207 ; CIL, II, 194.

    [12]J’ai traité ce sujet dans La domus plena Caesarum dans le senatus-consulte sur Pison père, Gerión, XXVIII (2010), p. 107-39, lisible en ligne ici : https://core.ac.uk/download/pdf/38835556.pdf

    Ce texte est connu par une copie sur bronze découverte en Espagne dans les années 1980. C’est, après les Res gestae Diui Augusti, l’inscription qui nous a donné le plus d’informations sur les débuts du principat.

    [13]Tac., Ann.,I, XIV ; Suet., Vit. Tib.,L. E. Lyasseop. cit., p. 152-59.

    [14]  Le cas le plus clair en Occident est celui de l’autel de Lyon Romae et Augusto, dont le premier sacerdos, est l’Éduen Caius Iulius Vercondaridubnus (connu par Liv.Per., CXXXIX), incontestablement citoyen romain.

    [15]Tac., Ann.,IV, XXXVII, 2 à XXXVIII, 1.

    [16]Vell. Pat., II, CXXIX-CXXXI. Il est vrai que la fin manque (une lacune qui « de toute évidence est de peu d’importance » selon J. Hellegouarc’hdans une note ad loc.p. 294 de son édition de 1982 pour la CUF) mais l’invocation aux dieux du dernier chapitre Iuppiter Capitoline, et auctor ac stator Romani nominis Gradive Mars perpetuorumque custos Vesta ignium et quidquid numinun hanc Romani imperii molem in amplissimum terrarum orbis fastigium extulit, vos publica voce obtestor atque precor custodite, servate, protegite hunc statum, hanc pacem, hunc principem, eique functo longissima statione mortali destinate successores quam serissimos(Jupiter capitolin, Mars Gradivus, origine et soutien du nom romain, Vesta, gardienne des feux perpétuels, et tous les dieux, quels qu’ils soient, qui portent le poids de l’empire romain, je vous appelle, je vous prie : gardez, conservez, protégez cette situation, cette paix, ce prince, et, après une très longue vie, donnez lui des successeurs, aussi tard que possible), envisage nettement sa mort sans parler de consécration, puisqu’elle passe ensuite à ses successeurs, avant la lacune. C’est d’autant plus remarquable que par ailleurs l’auteur s’écarte lourdement de la représentation officielle quand, emporté par son enthousiasme, il présente au moins implicitement Tibère comme supérieur à Auguste.

    [17]Histoire AugusteVie d’Antonin le Pieux,III, 5 et V.

    [18]D. Cass., LIX, XI

    [19]Sen.Cons. ad Pol., XVII,  et Apoc., I.

    [20]CIL, XIV, 3576. Deux fragments de dédicaces à Veleia (CIL, XI, 1168) et à Caere (CIL, XI, 3598). Une flaminique à Caburrum, dans les Alpes cottiennes (CIL, V, 7345). Le culte de la Diva Drusilla est également attesté en Gaule à Avaricum (CIL, XIII, 1194, citée par R. Bedon, Les villes des Trois Gaules de César à Néron, Paris (Picard), 1999, p. 316, W. Van Andringa, La religion en Gaule romaine, Paris (Errance), 2002, p. 140). Un fragment  d’inscription de Collegno, en Italie du Nord, cite peut-être ensemble Livie et Drusilla, ce qui prouverait un maintien au moins local du culte de la seconde après la mort de Caligula, si on admet la restitution [--- diuae Dru]sillae et diuae Augu[stae ---] (AE, 1988, 607).

    [21]J. Scheid,Commentarii fratrum Arualium qui supersunt. Les copies épigraphiques des protocoles annuels de la confrérie arvale (21 av.-304 ap. J.-C.), Rome, 1998, 12c, 99 (sacrifice le 23 septembre 38 [ob consecrationem Drusilla]e) et 103 ([diu]ae Drusillae, qui justifie la précédente) ; 14, I, 21-22 (avant les nones de juin 40, sacrifice au Capitole ob natalem [diuae Drusilla]e Aug(ustae)) ; 16, 5-6 (fragment non daté ante tem[plum diui Augustu nouum] diuae D[rusillae]). [Les Arvales sont une des très nombreuses prêtrises collégiales de Rome, non l’une des plus importantes, très peu citée par les textes littéraires. Mais ils ont eu le bon goût de faire graver sur bronze les comptes-rendus de leur activité, et le goût meilleur encore de les afficher en un endroit où on a pu en retrouver une partie significative (il est probable qu’ils n’étaient pas les seuls à graver ainsi, mais on n’a rien des gravures éventuelles des autres), qui nous est un document incomparable sur la religion romaine à cette époque, dont l’ouvrage cité donne une édition critique avec traduction en français].

    [22]D. NonyCaligula, p. 295.

    [23]  Suet.,Vit. Cal., XXIV..

    [24]Sen.Cons. ad Pol., XVII, 4. [Sénèque, en bon stoïcien, est l’auteur de plusieurs Consolations, lettres écrites à une personne ayant perdu un proche pour lui dire qu’il ne faut pas se laisser dominer par l’affliction mais supporter ça fermement. Celle adressée à Polybe, adressée à un des affranchis favoris de Claude, qui venait de perdre son frère, par le philosophe, alors exilé par ce même prince, présente une version très particulière du stoïcisme, puisqu’elle est essentiellement consacrée à flagorner Claude].

    [25]C'est la restitution généralement admise. Voir J. Scheid,Commentarii…, 12c, 99 et note ad loc.

    [26]J. Scheid,Commentarii…, 12c, 99 (in templo diui Augusti nouo) qui justifie la restitution en 16, 5 déjà citée plus haut. Le sacrifice de 40 pour son anniversaire (14, I, 19), fait au Capitole n’est pas offert à la déesse, mais à Jupiter, Junon et Minerve.

    ([27])D. Cass., LIX, XI, 4.

    [28]D. Cass., LVI, XLVI, 2, ἐκείνη δὲ δὴ Νουμερίῳ τινὶ Ἀττικῷ, βουλευτῇ ἐστρατηγηκότι, πέντε καὶ εἴκοσι μυριάδας ἐχαρίσατο, ὅτι τὸν Αὔγουστον ἐς τὸν οὐρανόν, κατὰ τὰ περί τε τοῦ Πρόκλου καὶ περὶ τοῦ Ῥωμύλου λεγόμενα, ἀνιόντα ἑορακέναι ὤμοσε( [Livie] « fit don de deux cent cinquante mille drachmes à un certain Numerius Atticus, sénateur qui avait exercé la préture, pour avoir, à l'exemple de ce qu'on rapporte de Proculus et Romulus, affirmé par serment qu'il avait vu Auguste monter au ciel. »). Suet., Vit. Aug., C, 4, nec defuit uir praetorius, qui se effigiem cremati euntem in caelum uidisse iuraret (« Il se trouva encore un ancien préteur pour jurer qu'il avait vu son fantôme monter au ciel après la crémation. »).

    [29]Liv., I, XVI, 6 Namque Proculus Iulius […] in contionem prodit. Romulus, inquit, Quirites, parens urbis huius, prima hodierna luce caelo repente delapsus se mihi obuium dedit(« Proculus Iulius […] se présente au peuple : « Romains, dit-il, Romulus, père de notre ville, est descendu soudain du ciel, ce matin, au point du jour et s’est offert à mes yeux »).

    [30]Sen.Apoc., I.


  • Ce matin sur France-Info, lamentations contre "les Français" qui ne respectent pas le confinement, appuyées par des reportages de journalistes qui se promènent dans la rue en tendant leurs micros (ça, c'est du "déplacement indispensable", coco).

    Et on se demande gravement s'il ne faudrait pas augmenter les amendes.
    Augmenter les amendes ! Ont-ils la moindre idée, ces journalistes, ces ministres, ces haut-fonctionnaires, tous ces connards gavés d'argent public, de ce que peut représenter une amende de 90 000 balles (précision pour les plus jeunes: 900 francs Pinay) sur le budget d'un travailleur moyen, d'un retraité, d'un chômeur ? (plus de deux jours de revenu médian, de trois jours de SMIC, d'une semaine de RSA).
     
    On rappelle à tous les imbéciles qui n'auraient pas encore compris que cette amende ne punit pas les méchants irresponsables qui contribuent à augmenter le danger en se déplaçant inutilement, mais tous ceux (ça fait beaucoup plus, et ça ne fait pas, loin de là, tous les méchants sus-cités) qui n'ont pas tout compris au fonctionnement de l'attestation à la con qui ne prouve rien du connard Castaner.
     
    La situation est :
    1) Le risque de se faire contrôler est très faible, et pratiquement nul quand on n'a pas à passer par des endroits très fréquentés aux heures d'affluence.
    2) Si par malchance on croise un flic, on est pratiquement sûr de se faire assommer par une amende d'un montant scandaleux. Le risque est bien sûr bien plus grand quand on est de bonne foi, parce qu'alors on ne se méfie pas.
    "Je promène mon chien, Monsieur l'Agent. Je fais le tour du pâté de maison et je rentre" Boum
    "Je prend l'air devant ma porte. Macron, dans le poste, il a dit que c'était permis" Boum
    "Je n'ai pas d'ordinateur. A la radio ils ont dit qu'on pouvait faire l'attestation sur papier libre. La voici. Il fallait la date ?" Boum.
    "Je reviens du travail. Voyez l'attestation de mon employeur" Boum
    Le cas le plus abominable est bien sûr celui des travailleurs de la Santé qui se sont fait racketter (ça fait combien, 90 000 balles, sur le salaire d'une infirmière ?) parce qu'ils allaient à l'hôpital avec une attestation professionnelle sans le truc à la con qui ne prouve rien du connard Castaner. Selon La Voix du Nord, "Contactée, la police assume ces verbalisations et rappelle la réglementation des déplacements dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus." J'ai écrit hier, et je répète, que dans un tel cas, parler seulement de pendaisons en place publique serait faire preuve d'une scandaleuse modération.
     
    Ça n'a rien de dissuasif, bien au contraire, puisque, qu'on respecte ou non l'interdiction des déplacements non indispensables, on ne peut compter que sur sa chance pour échapper au racket.
     
    Si on avait vraiment voulu contrôler efficacement la limitation des déplacements, on n'aurait pas inventé l'attestation à la con qui ne prouve rien, on aurait simplement dit fermement que toute personne se trouvant hors de chez elle devait sur interpellation d'un flic, de la distance règlementaire bien sûr (personne ne semble non plus avoir remarqué que l'obligation de remettre un papier idiot créait un risque supplémentaire parfaitement inutile. On considère sans doute que le virus, respectueux des grands principes républicains, ne saurait utiliser notre belle police comme vecteur), pouvoir dire pourquoi elle est là, d'où elle vient, où elle va, pendant combien de temps, sous peine de s'exposer à des ennuis sérieux. Sérieux, mais pas exorbitants, sauf en cas de récidive.
     
    Il aurait fallu aussi, bien sûr, plutôt que faire se déplacer les flics en horde cherchant des occasions de faire du chiffre, les répartir de façon qu'on reste rarement longtemps sans en croiser un. Avoir la quasi certitude qu'en cas d'infraction on paiera une amende de quelques milliers de francs (pour les plus jeunes: dizaines de francs Pinay) est beaucoup plus dissuasif (et moins odieux) qu'un risque très faible d'être taxé d'une somme folle (surtout si c'est même sans infraction réelle).
     
    Mais voulait-on vraiment être efficace ?
     
    Des fers, des bourreaux, des supplices.
     
    Bellegarde, 20 mars 2020
     
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  • ConfinementNous avons bien rigolé, et rigolerons certainement encore, tant que Dieu nous prêtera vie, car c'est probablement ce qu'il y a de mieux à faire. Il peut cependant n'être pas inutile d'envisager aussi, à titre exceptionnel (et dans les conditions prévues par le décret machin) la situation avec un peu de sérieux. Essayons.

    1) Préliminaire: il est clair que ce n'est pas le moment de jouer au cosaque. Il faut évidemment faire ce qu'on nous ordonne (enfin), pour l'essentiel parce que c'est manifestement raisonnable et probablement, au point où on nous a menés, nécessaire, pour l'accessoire, qui est parfaitement crétin (j'y viendrai) pour éviter de devoir contribuer au renflouement des banques en payant des amendes monstrueuses.

    Mais ça ne doit pas empêcher de réfléchir, pour le présent, pour comprendre ce qui nous arrive, pour l'avenir, dans l'espoir qu'on en tire (enfin aussi) les conclusions qui auraient dues être tirées depuis longtemps.

    2) Il y a une aberration, le contraste absolu, alors que la situation sanitaire évolue de façon continue, et qui était largement prévisible ne serait ce que par l'exemple italien, entre le discours rassurant tenu jusqu'à il y a quelques jours de tous lieux officiels et officieux, et les mesures radicales qu'on nous impose aujourd'hui, accompagnées d'un discours délibérément panicard.

    ConfinementOn nous présente comme une évidence un "confinement" presque total, décidé du jour au lendemain, après avoir dénoncé fièrement les méchants Chinois antidémocrates parce qu'ils faisaient de telles choses, puis brocardé méchamment ces imbéciles d'Italiens qui faisaient n'importe quoi comme les bêtes latins qu'ils étaient.

    Et, bien sûr, on ajoute que c'est de notre faute à nous, méchants irresponsables qui n'avons pas su obéir aux consignes que personne ne nous avait données, comme naguère ceux qui avaient décrété que les Ardennes étaient une montagne infranchissable disaient à nos pères que c'était à cause de leur esprit de jouissance que les Panzers les avaient passées.

    Dimanche, ils ont maintenu les élections municipales, et usé, à coups de grandes valeurs démocratiques, de nos anciens qui sont morts pour que nous ayons le droit de voter, de culpabilisation et d'intimidation (avec un succès partiel, mais significatif) contre qui envisageait de s'abstenir. Et après tout ce n'était pas plus dangereux que d'aller faire ses courses.

    3) Il n'avait jamais été question auparavant de confinement, même pour les zones les plus touchées. Ça aurait probablement ralenti la diffusion du virus. Ça aurait en tout cas permis une expérience partielle (ce qui, sauf erreur de ma part, a été fait en Italie) plutôt qu'un passage soudain du rien au tout, par laquelle on aurait pu étudier puis montrer la possibilité du confinement total, tirer aussi des conclusions pratiques qui auraient évité des sottises (j'ai dit que j'y viendrai). On a considéré que nommer ces zones d'un horrible nom anglais suffisait à terrasser le virus et empêcher sa diffusion. Le plus énorme est que, même là, on n'ait jamais envisagé d'annuler les élections municipales, et qu'elle s'y soient tenues comme ailleurs.

    J'ai déjà observé hier que c'était un effet du gouvernement par les pitres, pour qui tout n'est que posture, et n'avaient, dans un tel cas, que deux postures à leur disposition, la parfaite sérénité et la panique totale, et sont donc passés sans transition de l'une à l'autre. Ce passage ne semble pas avoir été cependant spontané.

    4) Il paraît clair en effet qu'il y a eu, après la monstruosité du maintien des municipales, une sorte de putsch (je ne pense pas que le mot soit trop fort), qu'on sentait venir dans les déclarations de la soirée finalement non électorale (ou très peu), contre ce qui tient lieu de gouvernement, par des médecins-technocrates aux idées clairement, dans ce contexte, liberticides. C'était certainement ce qui pouvait arriver de mieux.

    Malheureusement, les princes qui ne nous gouvernent plus depuis longtemps s'obstinent encore à faire semblant, et s'ils ont accepté de signer des décrets écrits, pour une fois, par des gens déterminés à faire ce qui était utile, ont tenu à venir en causer dans le poste. Il n'est pas certain qu'ils aient tout compris à ce qu'on leur a fait signer. Ils sont, en tout cas, incapables de l'assumer. D'où la trottinette de Sibeth, le jogging de Macron, l'attestation sur l'honneur qu'on a envie de prendre l'air de Castaner. Et donc un discours panicard "Nous sommes en guerre, nous risquons de tous mourir si je ne sauve pas la situation parce que vous avez fait n'importe quoi" conclu à peu près part "et donc, vous faites ce que vous voulez, mais de façon rrrrresponsable, hein !".

    Ça risque quand même de poser un problème de droit: en cas d'infraction supposée, la référence sera-t-elle la parole publique des guignols qui nous envoient faire de la trottinette, ou les petits caractères qu'on trouve sur les sites web officiels des décrets qui sont censés être les leurs ? (Les champions du droit formel diront bien sûr que la réponse est évidente et qu'il n'y a aucun problème. On sait que ces gens là sont plus dangereux que n'importe quel virus)

    5) Il semble (on nous dit tant de choses contradictoires qu'il faut rester prudent) que le moyen le plus efficace, ou le moins inefficace (ce qui est en logique la même chose), de se protéger du virus, tant qu'on n'est pas contaminé, d'en protéger les autres, si on l'est, soit le port d'un masque.

    Il n'est pas question aujourd'hui de l'imposer, ni même de le proposer. La raison invoquée est simple "Y en a pas", etConfinement on réserve les quelques-uns disponibles aux médecins et infirmiers, pour lesquels ils sont déjà, d'après leurs témoignages, en nombre insuffisant.

    C'est ennuyeux.

    Il est regrettable qu'on n'ait pas profité du délai entre la déclaration de l'épidémie en Chine et son arrivée en France pour s'en munir. Il y a quelques semaines, Agnès Buzyn disait que ça ne servait à rien (Nous apprenons aujourd'hui que disant ça le jour, elle pleurait dans son lit toutes les nuits. Ça ne nous console pas).

    Il serait encore plus regrettable qu'on ne fasse aucun effort pour rattraper ce retard, quand il est certain que le confinement devra durer plusieurs semaines.

    Il est vrai qu'il doit être difficile d'en trouver à acheter à l'étranger dans le contexte actuel. Il serait navrant qu'il soit impossible d'en fabriquer rapidement sur la terre de France. Si c'était le cas, ça renverrait à un problème plus ancien, mais dont les coupables sont incontestablement les mêmes.

    Souci annexe: les rares fois où on a consenti à nous parler de masques, c'était pour nous dire que seul le modèle QDZCG56GXW (ou quelque chose comme ça) arrêtait le virus (mais "y en a pas") et que tous les autres étaient inutiles. C'est un peu surprenant. Dans la mesure où on parle de limiter les risques, il semble que porter un masque même moins efficace que le modèle magique pourrait y contribuer, serait mieux que n'en point porter du tout. Ça n'a jamais été envisagé. Est-ce parce que "Y en a pas" non plus ?

    6) L’énorme bêtise, bête au point d’être odieuse, qui est soit le signe que les pitres qui ne nous gouvernent pas continuent à nuire, soit, plus probablement, que les médecins-technocrates peuvent fort bien, dès qu’il ne s’agit plus de médecine à proprement parler, être des pitres aussi bien que les précédents, est bien sûr le coup de l’attestation sur l’honneur. Ce sera le sujet du prochain article, si Dieu me prête vie et persévérance.

    Bellegarde, 17-18 mars 2020.

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